Vous êtes ici

Repère:

les dix commandements de la con­struc­tion numérique

de Thomas von Pufendorf et
Thomas Keller

Le secteur de la construction se trouve au seuil d’une mutation aussi radicale qu’exceptionnelle.

Alors que d’autres branches d’activité améliorent leur efficacité depuis des décennies grâce à des optimisations, le secteur de la construction continue d’avoir recours à des processus de travail millénaires.

Les nouvelles méthodes de travail rendues possibles grâce au numérique représentent une promesse de taille. Elles peuvent même être considérées comme une seconde chance: la simulation toujours plus précise de nos prototypes en amont d’un chantier grâce au BIM, nous permet de tester, d’apprendre et de prendre le risque de se tromper.

Image: Pour réussir notre transition numérique, nous commençons par nous organiser de façon pertinente sur le plan analogique. Nous affectons par exemple les étapes de travail dans un tableau kanban et rendons les modules de travail accessibles à tous.

Arbeitsschritte Kanban Board

Tableau kanban des étapes de travail
Nous nous affranchissons peu à peu de l’éternelle résolution de problèmes. Nous gagnons du temps et de la liberté de mouvement.

En commençant à rattacher progressivement nos processus de travail au modèle 3D central, nous avons avant tout cherché une meilleure forme de management, que de nouvelles approches issues de la production industrielle et du développement de logiciels nous ont finalement permis de trouver.

Au fil des années, cette démarche nous a permis de dégager dix principes qui nous servent à la fois de repère et de règle:

1. Passe à l’action
N’attends pas les informations, mais va les chercher. Évite de te retrouver au pied du mur et si cela t’arrive, cherche un plan pour essayer de t’en sortir. Fais preuve d’esprit critique vis-à-vis de ton entourage et surtout vis-à-vis de toi-même. Comment pouvons-nous nous améliorer? N’est-il pas paradoxal qu’un maître d’œuvre sache mieux que quiconque à quoi doit ressembler un détail de la construction, alors qu’il est incapable de dessiner le moindre croquis?

2. Donne du sens à tes activités
Avant de t’atteler à une tâche, demande-toi toujours pourquoi tu l’exécutes. Seul celui qui comprend le sens de ses actes peut prendre du plaisir à ce qu’il fait et le faire correctement. Le travail orienté sur les solutions et sur les ressources, le courage et l’ouverture forment une base de valeurs communes.

3. Crée du sens pour ton équipe
Efforce-toi d’incarner les valeurs communes. Profite de la liberté dont tu disposes et donne aussi à ton équipe de l’espace pour se réaliser. Encourage l’auto-organisation. Accompagne tes collaborateurs sur la voie qui mène de la délégation au coaching.

4. N’idéalise pas tes outils
Tes programmes, applications et autres outils de travail doivent contribuer à te forger un processus de travail optimal. Il n’existe pas de programme universel parfait. Cherche ta propre composition, qui te procure la souplesse requise et t’aide à optimiser tes flux de travail. Les étapes de travail que tu dois répéter plus de deux fois peuvent probablement être automatisées grâce à un petit outil programmé par tes soins. Ton application peut-elle faire cela?

5. Ne stocke chaque information qu’à un seul endroit
La double gestion des informations est l’une des principales causes d’erreurs. As-tu pensé à actualiser dans la liste des points en suspens et dans le planning le point XY en suspens dans le procès-verbal? Stocke un maximum d’informations de manière centralisée et mets-les à la disposition de tous. Le principe du libre-service s’applique aussi aux externes.

6. Efforce-toi de ne rien négliger
Planifier un ouvrage implique toujours également de gérer l’inconnu (risques et incertitudes). Planifie de la généralité vers le détail. L’ADN du résultat doit être intégralement contenu dans le concept initial. Mieux tu réussiras à faire cela, plus les décisions ultérieures seront faciles à prendre.

7. Limite l’abstraction au minimum
Essaye de perfectionner la simulation de ton projet. N’oublie pas à cet égard que l’humain possède d’autres sens que la vue. Les décideurs sont souvent des personnes qui n’ont pas l’habitude de lire des plans. Utilise aussi d’autres moyens de communication comme la réalité virtuelle et augmentée, les échantillons de matériaux et les projets de référence.

8. Pense les processus en partant de la fin
La solidité de la chaîne de la construction équivaut à celle de son dernier maillon. Implique les artisans le plus tôt possible dans ta réflexion sur la construction. Celui qui maîtrise le mieux un processus sera aussi le mieux à même de l’optimiser.

9. Fais preuve de transparence
Communique de façon franche et ouverte. La pire des informations est celle qui n’est pas partagée. Quiconque ne joue pas franc jeu, ne peut pas agir de façon cohérente à long terme. Adopte une culture de la confiance et du droit de se tromper avec ton équipe. Si tu admets tes propres erreurs, les membres de ton équipe oseront aussi admettre les leurs. Dans une bonne équipe, tout le monde se porte garant de l’erreur d’une personne.

10. Organise-toi de façon analogique
Notre expérience a montré que les moyens analogiques étaient les meilleurs pour nous organiser dans le cadre des projets BIM. Un entretien personnel est mille fois plus utile qu’un e-mail. La collaboration entre le maître d’œuvre et le dessinateur est infiniment plus efficace s’ils se trouvent côte à côte dans l’équipe que s’ils travaillent simultanément sur un modèle 3D via une plateforme de données. Tôt ou tard, un plan doit être accroché au mur pour te permettre de prendre quelques pas de recul afin d’en avoir une vision d’ensemble. Appréhender les interdépendances dans leur ensemble est beaucoup plus difficile sur un écran de 27 pouces. Veille à rendre visibles les tâches que tu dois effectuer. Utilise des tableaux kanban pour diviser les travaux les plus complexes en étapes claires. Seuls les outils de travail compris par tous sont pleinement acceptés et correctement exploités.

Par Thomas von Pufendorf, architecte dipl. EPF, membre de la direction de Confirm AG et
Thomas Keller, architecte dipl. HES, MScRE (CUREM), membre de la direction de Steigerconcept AG